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03 octobre 2007
Saison
Le long de la départementale 925, je roule.
Jour après jour, toujours plus vers le nord, je roule.
Saison des grandes marées, lundi, c'est la pluie, battante, qui m'accompagne, 55 km jusqu'à mon poste. Freinage dangereux, dépassements impossibles, il fait encore nuit, mais je vais plein nord, et de l'est, là-bas sur le plateau, de vagues lueurs trouant le rideau de fils humides, indiquent qu'à mon arrivée, dans ce petit collège, tout au nord du département, derrière les vitres froides, le jour s'annoncera, et le soleil peut-être, viendra à me montrer en fin de journée la route du retour. Retour sous la pluie, retour dans la nuit.
Saison d'été indien, où la douceur du matin, 14° au lieu des 8 annoncés, fait se lever l'humidité en langues de brouillards légères, volants quand au-dessus de la voiture, quand par dessous, capricieuses et éthérées, déchirées sur la lande, cotonneuses dans les valleuses. Je roule au ralentis, la tête aux infos captées par bribes entre chaque bras fantomatique accroché à ma portière ou mon pare-brise. A la valleuse suivante, une peur soudaine de Dame Blanche sur ma banquette arrière me fait relever le rétroviseur intérieur, qui ne reflète de toutes façons que la lividité d'une nuit qui s'étend sur le jour, en lambeaux déchiquetés. De la classe, ce mardi-là, rien de visible. Lumière artificielle, sweat bien refermée, trop tentant de mettre la capuche pour se réchauffer... tant pis. Une heure encore à rouler, entre les nappes surélevées, et les napperons mouillés.
Saison de récolte, les camions tournent, à des vitesses que pas un gendarme ne vient contrôler, avec une dangerosité telle, que les voitures ralentissent, les laissent passer, se bousculent pour ne pas les doubler... le chargement tombe à chaque virage trop véloce et mal négocié, et roule, roule... comme autant de crânes boueux mal nettoyés après une fouille archéologique riche en têtes décomposées, comme autant de ballons de hand mal vieillis et la peau entamée...
je fais des écarts sur la route, et tout le monde les fait. Le rond-point ressemble à une fosse commune qui déborde... c'est la saison des betteraves.
Saison de grandes marées, la voiture tremble, la semaine finit tranquillement, plus que deux jours, mais le vent ne faiblit pas. Elle tient la route pourtant, ma grosse berline, et même si vieille, on me l'envie, quand certaines routes se ferment pour éviter aux voitures les plongeons de plus de trente mètres... mais elle vibre, elle tressaute, des kilomètres de radio bien forte pour capter malgré les hurlements du vent autour du véhicule, les fantômes cauchois sont de sortie, ceux que les anciens entendaient souvent, dans leurs clos masures...
et ils entrent dans les oreilles, rugir leurs propres peurs, s'en débarrasser pour une éternité tranquille, pourrissant le quotidien de ceux à qui ils les lèguent.
L'automne est arrivé.
20:35 Publié dans Livre de sagesse | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
Commentaires
Le fantôme de Maupassant ou Flaubert ??
Mais bientôt en plus du brouillard il fera noir le matin...
Ecrit par : alea | 03 octobre 2007
c'est tellement bien écrit que ça fait presque envie de le vivre...en même temps, j'imagine bien que ça doit être nettement moins beau qu'à travers tes mots !
bisous la belle
Ecrit par : lacigale | 03 octobre 2007
Prends bien soin de toi en tous cas et à l'occasion parle nous de tes nouveaux chtis nélèves. Bisous
Ecrit par : annnieday | 03 octobre 2007
110 km chaque jour, ça ne doit pas être la joie par ces temps. de plus à la saison des betteraves où les routes sont souvent boueuses, par le trafic du va et vient des camions.
Il va falloir que je viens plus souvent te faire un petit coucou. Bises !!
Ecrit par : patriarch | 04 octobre 2007
T'es pas un peu au nord pour voir une Dame Blanche ?
Je croyais que c'était un truc de Breton...
Quand même très chouette ta rentrée dans l'automne.
Ecrit par : le-gout-des-autres | 04 octobre 2007
Dans le brouillard total , mais alive...
Bon retour , allez....
Ecrit par : Hyperion | 04 octobre 2007
D'accord avec la Cigale, je ferais bien cette route avec toi.
Et ça veut-il dire que tu as finalement eu ta mutation ou non ?
Ecrit par : clodoweg | 04 octobre 2007
arg!!! quelle torture!! tant de route tous les jours!!! mais tu vas t'épuiser!!!!!!!!
Ecrit par : mae | 06 octobre 2007
Bisous par là :)
Ecrit par : ingrid | 15 octobre 2007
et par là...
Ecrit par : Korat | 19 octobre 2007
Un petit coucou,pour te dire qu'on existe toujours ;-) Bises !!
Ecrit par : patriarch | 20 octobre 2007

