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17 décembre 2007

Mémé se lâche...

ce qu'il y a de bien, depuis que ma mémé a dépassé ses 80 piges, c'est que non contente d'être toujours aussi dynamique, de continuer à voyager toute seule au bout du monde, et d'organiser sorties et autres séjours pour les p'tits vieux de sa ville (oui, les p'tits vieux, les ceusses qu'ont pas la joie d'être en super forme comme elle), non contente, disais-je, de continuer sa route, en buvant des coups, rigolant comme une gamine, et chahutant avec ses petites-filles... elle se lâche aussi, sur les souvenirs trop longtemps retenus...

tous les "ça s'fait pas", qu'on regarde, presque médisant, quand on a 20 ans, dans les années 40 et 50,
toutes les histoires qu "on ne doit surtout pas savoir" !!
tous les secrets de famille, les siens en premier lieu, qu'on garde toujours, même quand on se doute qu'ils ont été appris,
toutes les querelles de clocher, dans son bled de jeunesse cauchoise, où peut-être 80 âmes se regardaient pas en-dessous, dans le plus pur style de Maupassant dans "La Ficelle", à zieuter, et médire, à critiquer, et répéter que vraiment, les autres ne savent pas vivre...
sauf qu'on vieillit, et que les époques changent, et les environnements aussi, et la place dans la société et la famille... sauf que tout bouge et évolue, et que ce qui était grave hier, n'est pas même raison de clabauder aujourd'hui....

et puis, ça commence par un cuite avec sa cousine de presque 80 ans aussi, celle avec laquelle elle file parfois au bout du monde... les rancoeurs d'enfance ressortent, et voilà rhabillée pour l'hiver la vieille tante, enfin, leur jeune tante de l'époque, devenue ma vieille arrière-grande-tante... celle qui était la madonne des bonnes manières, l'oeil noir de la faute de goût, le juge suprême de ce que nous valions tous (beaucoup trop pour tous les autres, jamais assez entre nous...)
celle surtout qui eut une jeunesse débridée, entre 40 et 50, mais qui fit une fin, une fin qui la mit à l'abri du qu'en dira-t-on, suffisamment pour en être l'apôtre ensuite...
celle dont "on changeait les draps bien souvent, vu qu'y en avait toujours un qui sortait par la fenêtre quand un autre arrivait pas la porte..."... l'allemand dont elle était amoureuse, l'anglais qu'on lui mit dans le lit pour rattraper le dérapage de l'allemand à une époque où il valait mieux qu'on l'oublie, le notaire, le médecin... le châtelain aussi, pour qui elle travaillait...

C'est le moment où il suffit d'une question indiscrète, pour que les deux dames indignes pouffent comme des mômes, et déballent tout... ou presque, hein, tant que ça concerne les autres, les morts surtout, ...

Et hier, un repas chez moi...
Ma mémé est une vraie cauchoise, et a dû traverser une partie du Pays de Caux, pour arriver dans mon nouveau chez moi, entre vagues et verdures, dans le Caux maritime...
"et quand je suis passée à la G.... " fait-elle soudain à table, au milieu d'une conversation toute autre, (G. est un hameau du village voisin)... "ça m'a rappelé des trucs.... c'est là qu'on l'avait envoyée, quand elle est sortie de prison"...

Echanges de regards à table... ma mère lève les sourcils, entre à peine étonnée de tout ce que déballe sa mère depuis deux trois ans, et à la limite de croire que cette fois, c'est peut-être des histoires (Mémé adore mentir, faut le savoir, mais toujours sur des bêtises)...
Mon père sourit et hausse les épaules, à la limite de rajouter un peu de vin dans le verre de sa belle-mère pour savoir la suite. J'observe Mémé, elle est contente d'avoir soudain un public : "oui oui, à côté, là, on l'a mise quand elle est sortie de prison !".
Et ma Mémé se remet à manger, tranquille.
Je suis sûre qu'elle jubile d'avoir l'attention de tous, et en même temps, elle ne fait pas d'effets de manche.
Cela devait sans doute sortir à ce moment-là...

"Qui ça, qu'est sorti d'prison ?", oui oui, je sais... nous parlons tous correctement, mais le cauchois revient vite à table entre nous...
"de qui tu parles ?"
Elle fait sa coquette : "oh, ben la Anne-Solange Dubois* là...après qu'elle a fait tuer son mari. Avec son amant, hein..."
Euh ? On ne sait pas qui c'est, nous, la Anne-Solange Dubois*...
bon, Dubois, c'était le nom du châtelain pour qui elle avait été servante,
celui qui avait fait un tour aussi dans les draps de sa gouvernante, (mon arrière-grande-tante)...

"Oh ben c'était sa fille, enfin sa fille adoptive... il s'est même pas défendu, pourtant il était boucher, même s'il habitait au château et qu'il faisait pas boucher..."

Euh ??? Qui ne s'est pas défendu ??
Toute à ses souvenirs, Mémé fait des raccourcis que les moins de 4 x 20 ans ne peuvent pas comprendre...

"Ben le mari, il avait été boucher, il devait avoir des couteaux, il aurait pu se défendre, quand ils l'ont tué... avec son amant, ils l'ont tué."
On est bouche bée, complètement stupides à table. On en découvre à chaque repas de famille, depuis deux trois ans...
"enfin, bon, elle est allée en prison. Pas longtemps. Son père (le châtelain, amant de.) connaissait A.M.**, et elle a pas pris beaucoup. Et puis ils l'ont envoyé à G."
On se regarde : elle a été mise au vert oui, loin de chez son père et des lieux où elle avait vécu. Enfin pour l'époque (on ne sait rien de l'époque, mais cela date forcément de 1948 à 1954), 90 kilomètres, c'est pas une sinécure...

"Ben lui, il a pris plus longtemps, 20 ans peut-être, mais il est ressorti, et il a retué***, c'était dans le journal, mais je sais plus comment, comme quoi !!"




* le nom a bien sûr été changé
** célèbre homme politique normand avec bras longs incorporés, qui a même été ministre de la Justice à l'époque, gloups
*** du verbe retuer, très cauchois...

Commentaires

éh éh j'adore quand les mémés se lachent...ça fait pas toujours beaucoup de bruit mais ça rend le silence qui suit un peu assourdissant...sourires

Ecrit par : lacigale | 17 décembre 2007

Une chose est sûre : elle est bonne mémé !

Ecrit par : Heights | 17 décembre 2007

J'adore ta grand mère, la mienne, la mère de ma mère, qui avait la mémoire courte avait été la maitresse puis la femme d'un homme qui avait 26 ans de plus qu'elle, ma mère et elle parlaient de sexe, ma grand mère avait tout oublié !!!

Ecrit par : heure-bleue | 17 décembre 2007

Heuuullllaaaa, ben va t'en crir la suite!!
c'est t'y po creuvant d'entend cha :)

Ecrit par : Hyperion | 18 décembre 2007

Sourires ! Tu sais déjà en faisant des recherches généalogiques, tu découvres déjà beaucoup de non dits. mais avec ta grand_mère, c'est encore mieux !!

Bises !!

Ecrit par : patriarch | 19 décembre 2007

Eh bé ! j'adore aussi ta mémé et sa malice. Elle sait lâcher ses bombes.

Ecrit par : Phélycitée | 21 décembre 2007

Jingle bells, jingle bells, jingle all the way!

Bon :|
çà c'est fait :-)

Ecrit par : Hyperion | 24 décembre 2007

ha!!oui!!! pas mal les secrets!! Il y en aura d'autres certainement tout aussi croustillants! allez, bonnes fêtes à toi !

Ecrit par : maevina | 27 décembre 2007

Finalement, contrairement à ce que racontent les livres d'Histoire, le seul endroit où il se passe vraiment des choses importantes, c'est le plumard...

Ecrit par : le-gout-des-autres | 27 décembre 2007

une mémé dynamique et bien bavarde !

Ecrit par : lili | 27 décembre 2007

oui, elle est dynamique, et commence à ressentir le besoin de tout dire...
Hypérion : ce serait du langage du Calvados, et même du Pays d'Auge... ahem ? Mes neveux là-bas parlent ainsi... mais le cauchois ne fait pas Heulà !!

Ecrit par : sagesse | 01 janvier 2008