19 avril 2009

Masculiniste

Je suis féministe, du moins dans son acceptation la plus large, celle où il s'agit bien d'obtenir des droits que de fait les femmes n'ont pas, ou d'accéder à des statuts et fonctions qui leur sont encore sinon interdits du moins largement limités par plafonds de verre et consorts.

Pourtant une affaire comme celle d'OrelSan* n'arrive justement pas à me choquer de ce point de vue précis.
Je trouve plutôt déplaisant qu’on censure, quel que soit le texte ou le propos tenu. Il me semble d’une part très gênant de juger quelqu’un sur une partie de son œuvre et non sur l’ensemble, et d’autre part assez malvenu de s’en prendre à un rappeur, quand on n’est pas capable de s’attaquer au plus profond du malaise : si nos dirigeants n’étaient pas si machos au départ, prêts à n’importe quel bon mot et sans effort pour améliorer la situation, la « France profonde » ne serait pas dans cet état d’esprit.
Un peu facile de dire que tout est « de la faute de » ? Sans doute, aussi n’est-ce pas exactement ce que je soutiens, mais plutôt que le problème d’éducation et de culture qui induit ces comportements sans même y penser risque de toujours générer ce même type de résultat.

Petit exemple d’un de mes fameux « ti neleves » de SEGPA. Il me parle en riant d’un copain qui avait volé je-ne-sais-plus-quoi, et avait laissé sur le carreau son complice attrapé par la BAC, « il s’est enfui en feuj ! » me dit-il…
Sursaut de ma part, puis reprise de l’élève : « tu comprends ce que tu dis ?
- ben oui quoi, il est parti, il a couru, il s’est enfui en feuj, c’est comme ça qu’on dit nous ». Le « c’est comme ça qu’on dit nous » étant leur explication habituelle mais pas une excuse, nouvelle reprise de vocabulaire : « sais-tu ce qu’est un « feuj » ? ». Haussement d’épaule agacé « ben oui, c’est quand on part en courant quoi ». Explication de texte, retournement du verlan, feuj, juif, et l’élève me regarde pas plus étonné que ça « ben on part quand même en courant, hein ». Il n’avait aucune idée de la signification du mot « juif », ni même de ce « feuj » utilisé à toutes les sauces, sinon qu’il s’agissait d’une expression pour le moins péjorative. Et ce n’est pas mon intervention qui risquait de changer quoi que ce soit à l’utilisation de cette expression dans son quotidien.
L’utilisation de périphrases et autres expressions à base de « meufs » et « salopes » était elle aussi d’un usage tout à fait courant, sans que cela ne choque aucun des intéressés, ni les garçons ni les filles…
Au final, les seuls gênés étaient ceux qui y mettaient du sens autre que celui convenu dans leurs rapports ; profs, parents d’élèves d’autres quartiers, et éducateurs. Cela ne justifie en rien l’emploi de tels mots, cela indique seulement le degré de « choquitude » à gérer.

Revenons à OrelSan et la houle frappante qui s’acharne sur son texte. Est-il abominable (le texte) ? Oui sans doute, mais.

Mais depuis quand prend-on la création comme vérité ? Sans entrer dans un sujet de philo du bac, croit-on mot pour mot toute œuvre littéraire ? Et si certains argumentent qu’il ne s’agit ni de littérature, ni d’art, soit, cela reste une création…
Mais pas plus que plein d’autres textes ou films sur lesquels la polémique ne s’est pas portée.
Mais pas plus que ce qu’on peut dire dans des moments de douleur et de colère folle. Ils sont rares ceux qui savent gérer la souffrance sans effusion. On pleure ou on crie, on bouscule ou on déprime. C’est bien plus inquiétant lorsque rien ne s’exprime !
Mais pas plus que les paroles d’une femme aigrie par le départ de celui qu’elle aime… combien en ai-je entendu vouer leur ex-mâle à une mort violente ? Combien en sont arrivé à exprimer des fausses vérités à la couleur bien plus violente sinon les mots ? J’ai en tête une femme ayant accusé son conjoint d’inceste, une autre ayant créé une page facebook au nom de l’ex pour le présenter sous un jour vulgaire et pathétique, et puis moi aussi, qui ait été capable de dire au téléphone à l’ex-mari qu’il pouvait avoir un accident, ça m’arrangerait… et à vrai dire s’il avait pu beaucoup souffrir en même temps, j’en aurais été soulagée…
Et cette femme aussi, qui sous le coup de la colère, déchire la joue de son époux avec les bris de la vaisselle cassée pendant la dispute ? Et cette autre, qui macule sa voiture d’insultes contre les hommes…

Il reste, c’est vrai, une chanson aux termes assez clairs quant à la violence envisagée… par un homme qui, dans cette histoire, vient de se faire « larguer », et non par le chanteur, qui lui, raconte l’histoire.
Voilà, je tente de commencer la lecture des « Bienveillantes », sans penser que l’auteur puisse être nazi lui-même.
… et je me souviens des chansons des Elmer Food Beat comme « Daniela ». Je le chantais à tue-tête, adolescente, j’avais pourtant déjà pleinement conscience de ce que cela laissait entendre de certaines femmes. N’empêche.

N’empêche, il manque parfois des masculinistes, pour nous rappeler où est la limite. Et elle n’est pas forcément là où je l’aurais d’ordinaire située.
Il faut laisser dire… ne serait-ce que pour contredire. Ne serait-ce que parce qu’on est encore libre de dire. Ou à peu près.


* rappeur ayant décrit dans un de ses textes toutes les violences et tous les sévices dont un jeune homme fraîchement quitté menace son ex

Commentaires

je n'irai pas jusqu'à dire que j'apprécie la chanson mais dans la littérature, ce Nabokov à Céline, le désir de tuer a toujours existé même si les termes employés sont moins crus..de plus on assassine ce chanteur parce qu'il chante en français mais dans combien de chansons anglaises les textes sont encore bien plus violents et on ne se pose pas forcément la question, certains même arrêteraient net d'en chanter certaines s'ils comprenaient les paroles.. alors bof laissons le s'exprimer..il n'y a pas d'incitation à la violence, juste des sentiments bruts exposés en termes qui peuvent choquer bien sur..mais où sont les limites..

Ecrit par : lacigale | 19 avril 2009

salut sagesse !!! Quand tu apparais, ce n'est pas pour rien !!!

J'espère que vous allez tous très bien, mademoiselle ta fille aussi !!! Bises à tous !

Ecrit par : patriarch | 20 avril 2009

il faut penser politiquement correct maintenant alors dire, tu parles !

Ecrit par : maevina | 20 avril 2009

hum... suis trés mitigée sur ce coup là
dans les caves, ya les tournantes
les mômes ne savent plus la mesure
pas sure que la censure soit la bonne façon
mais qu'aurait dit les bien pensants si au lieu de femme, le môme avait dit: juif, ou arabe, ou noir?
il n'y a pas de garde fou, on apprend plus aux enfants que la parole est une et l'action autre, plus assez d'adultes référents..

suis bien sure de sa bonne foi, mais ...
sans doute c'est à la base que la chanson aurait du être vue, avant de sortir, maintenant, c'est tard...

Ecrit par : tarmine | 21 avril 2009

Ce qui me choque, moi, c'est la banalisation de la violence, tant physique que verbale... J'entends tous les matins, dans mon immeuble, sensiblement le même texte (mon voisin du dessous qui complimente sa femme...)

Ce qui m'a choqué davantage, c'est d'entendre une octogénaire dire à des petites - beurettes - de mon quartier "vous n'êtes pas chez vous, et vous ne le serez jamais..." Une autre forme de violence...

Ecrit par : La Femme coupée en deux | 24 avril 2009

Je ne souhaite pas que ce type soit censuré. Au contraire, il nous faut bien entendre et faire entendre ce qu'il dit, écrit, chante. Et bien réfléchir à ce que ça signifie, qu'un mec chante ça et qu'il trouve un public pour l'écouter, et des gens pour dire que c'est de l'art, et d'autres pour dire que non, mais c'est pas grave.

Nous souvenir (par exemple) que dans toutes les guerres (et les non guerres) pourries des siècles et des siècles, des soldats (et des non soldats) ont violé et éventré des femmes pour sortir des foetus de leurs ventres. Et ça continue, encore et encore. Et un mec en fait une chanson, rajoute sa "petite entreprise" perso à la grande.

Nous souvenir que parmi les motifs de meurtre de femmes, à côté de "La soupe était pas assez chaude" (véridique) il y a, en très bonne place "la salope était infidèle" ou "La garce voulait me quitter".

Merci à Orelsan de nous faire souvenir de tout ça, et du reste. Finalement, dans la mesure où un artiste est le reflet de son époque, Orelsan est bien un artiste.

Ecrit par : jardin | 28 avril 2009

Complètement d'accord avec toi sauf sur un point, la banalisation de la violence verbale, peut conduire à la violence physique...

Ecrit par : heure-bleue | 28 avril 2009

D'accord avec toi aussi, le problème n'est pas là où ils le situent.

Ecrit par : Fély | 01 mai 2009

Amusant , l'interdit d'interdire rejailli régulierement ^^
Et pourtant...
Combien de tit neleves sont éduqués à la maison par une maman machiste qui fait faire la vaiselle aux soeurs tandis que les éhommes de 3 ans" regardent la télé...
Combien de édinette" aux filles et combien de "pistolet" aux garçons ?
Alors la violence des sexe est dans la base même de l'éducation.
J'ai offert au Noel dernier une cuisine pour faire comme maman a mon neveu... La tante paternelle du dulciné sus cité m'a dit en riant , (mais l'a dit qd même) : Tu va nous en faire un pédé ...

Pouf pouf !

La violence de chaque instant est dans l'éducation enfantine de nos gosses "males". Et ce sont souvent les femmes qui la font ^^ et toc !

Ecrit par : Hyperion | 24 mai 2009

Arrrffff !
il faut que je change de clavier^^
Les fautes sont only "mécaniques" hihihi

Ecrit par : Hyperion | 24 mai 2009

:o)

Ecrit par : ann Men's jewelry | 23 juillet 2009

Voila. J'ai trouvé un blog intéressant dans son sujet. Merci!

Ecrit par : sandi internet telephony | 16 septembre 2009

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