20 juin 2008

Vu par mes p'ti neleves

Cours avec les 6e : 12 ans allant sur 13...

"Madame ? Vous avez un bébé hein ?" fait J. un des garçons.

Dénégation de ma part.

"Rhooo, mais si, dans vot'vent' "...

"C'est possible oui !"

"Ouais, j'l'ai vu, vous avez grossi"

Avec l'assentiment des filles de la classe un peu ébahies par sa répartie, me voilà expliquant à J. que non, décidemment, ça marchera moyen pour lui avec les filles s'il leur dit qu'elles ont grossi...

R. voisin de J. reprend, quand même choqué "enfin Madame vous êtes vieille pour avoir un bébé".

Je les questionne sur mon âge possible. Il y a quelques années, une classe de 5e n'avait pas été étonnée de m'entendre dire que j'en avais 72. Rien ne me choque à ce sujet avec eux.

R. réagit à l'annonce de mes 35 ans. "Ben quand même, euh, c'est beaucoup, pour avoir un bébé... ça fait, ça fait que quand il aura dix ans, vous en aurez...euh... 45 ! Hannnnn.... n'importe quoi !". R. est notre très bon en calcul. Puis après un autre calcul rapide "et quand il aura 20 ans, vous aurez une canne !"




Un peu après, J. et R. se marrent tous seuls à imaginer que je choisisse un des prénoms d'élève pour le bébé. Ils y accolent mon nom de famille, et éclatent de rire tout seuls.

Soudain J. a une révélation : "attends, si ça se trouve, son mari, il s'appelle pas comme ça ! Comment il s'appelle vot'mari ?
- je n'ai pas de mari !"

Cri de J. et R. "hein, pas d'mari ? Mais c'est pas possible !
- qu'est-ce qui n'est pas possible ?
- ben, vous en avez un d'mari, forcément !"
Je vois les regards de tous les élèves sur nous d'un coup. Vraiment, là, j'exagère. Déjà, bon, l'âge... Certains ont bien précisé que c'était celui de leur mère ou de leur père, mais là, "pas d'mari"... non, vraiment...

R. me regarde narquois : "et comment vous avez fait sans mari ?"
"Tu sais, R., ce n'est pas obligatoire, un mari.
- non mais pour le bébé, hein ?
- ben pareil, ce n'est pas obligatoire d'avoir un mari non plus.
- ouaiiiis... vous plaisantez hein ?"

Et je vois J. qui réfléchit longuement.
"Je sais, c'est vrai, c'est pas obligatoire d'avoir un mari, maintenant on peut se patcher* ! "


































* ce qui signifie pour lui "se pacser", ;-)

18:00 Publié dans Livre des neleves | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note

16 juin 2008

Et pan !

E. est une élève de 14 ans, qui ne parle que de sa famille et de leurs divers problèmes de santé, et des bébés de la famille, dès qu'elle peut avoir une conversation avec un de ses profs. Autant dire que les bébés sont son sujet préféré. Et qu'elle l'aborde toujours avec un sourire attendri.

A 17h30 ce soir, elle revient dans la classe après en être sortie en même temps que ses camarades.

"Madame, je voulais vous demander... au pis rien hein...
- vas-y, E., je t'écoute...
- c'est vrai que vous êtes enceinte ? Pasque y'en a qui disent, enfin bon, c'est C. et V. qui disent que c'est ça, que vous êtes enceinte."

Elle m'observe, à la fois gênée de poser la question, et très sûre également de son droit à une réponse. Un drôle de regard d'ailleurs.

"Qu'est-ce que tu en penses toi ?
- ben j'en sais rien, y'en a qui disent, hein. Mais bon, quand même...

- et si c'était le cas ?"

Elle se trouble, grimace un peu. Elle me regarde de côté, l'air embêté et incrédule en même temps.
"Ben quand même, à votre âge !"

18:30 Publié dans Livre des neleves | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note

30 mai 2008

Brèves des nelèves...

Au gré des copies :

"Hugues Capet est devenu roi de France parce qu'il a gagné la guerre de Cent Ans"

"Les villes du Moyen Age étaient construites en ciment, mais en ciment vieux du Moyen Age"

"Au pôle nord, c'est froid et chaud, au pôle sud, c'est un peu froid mais un peu chaud"

Dans une fraction, le nombre du haut s'appelle : "le terminateur"

0,009 c'est "neuf zérotième trois fois"

"La fête importante des Hébreux, c'est Pessah, c'est pour se souvenir de Noël"

"Les dates de la guerre de Cent ans : 1939-1945"



Et entendu en classe :

H. 14 ans : "Mon père m'a dit que Jeanne d'Arc, ils avaient jeté ses cendres à la Seine, c'est pour ça que la mer est salée..."


H., le même, quelques minutes après, une fois l'histoire plus claire... :
"Je sais pourquoi ils ont jeté les cendres de Jeanne d'Arc à la Seine, c'est au cas où elle serait pas assez morte brûlée, au moins, elle serait noyée"


I., 13 ans, se moquant d'un autre élève :
"Hein n'importe quoi, les fourmis c'est pas des mammifères, ça pond des oeufs, alors c'est des oiseaux"


J., 14 ans, très énervé "ça me casse les couilles, bon d'accord, mais j'm'en bats les steaks, c'est pas mal poli, ça parle de viande"


J. 14 ans, toujours énervé "ça sert à rien de nettoyer ses lunettes ! Comment ?? Ben oui j'y vois rien. Mais je vais pas les laver, faut recommencer tous les jours sinon!"

J. 14 ans, moins énervé, observant des enseignes de métiers du Moyen Age : "là c'est un clétier !"
Un clétier ? "Ben oui, y'a une clé, non ?"
Quelques minutes plus tard "Et là, c'est un double clétier !"... ce ne sont pas des clés, mais un couteau et une cuillère, "han, n'importe quoi ! Qu'est-ce qu'il va faire avec une cuillère, le clétier ?"


C., 14 ans, pur cauchois : "ben non Madame, alors ça non, le cidre, c'est pas de l'alcool !"
V., 14 ans, pur cauchois aussi : "ben ouais hein, mes parents ils ne feraient pas boire de l'alcool, et du cidre, j'en bois tous les jours !"
D, 14 ans, pur cauchois lui aussi mais inquiet : "c'est vrai, non. J'en bois moi du cidre. quand même, c'est pas de l'alcool, hein ?" , et M., son copain, 14 ans, encore un cauchois : "Ben non, mais elle doit pas en boire la prof... pfff, de l'alcool !"


G., 14 ans, peu convaincu par ce que j'explique "et alors, tout le monde était d'accord, et les chevaliers arrêtaient de se battre, comme ça juste parce que c'était dimanche ? Vous allez pas me dire qu'ils se serraient la main non plus ?"
Et B., 14 ans, perdu dans le temps : " t'es fou non, ils se serraient pas la main, sinon l'autre, il lui tirait deux balles vite fait !"
Trois élèves en choeur : "y'avait pas d'balles!"
B. pas démonté : "au ben un coup de canon alors !"
Deux autres élèves : "mais ils z'avaient pas d'canon !"
B. roule des yeux : "rhoooo, c'est pas grave, z'avaient qu'à jeter une bombe !"

J., 13 ans, futur tueur : "j'en veux pas de ton crayon de bip, j'ai dit bip, hein, pas m..., j'en veux pas de ton crayon à deux balles", puis avec le mime adéquat : "deux balles, PAN PAN, héhé, t'es mort !"

"Une bataille d'un Moyen-Age ?" fait M., 14 ans, "ben moi je connais que Stalingrad de toutes façons", ce qui est déjà pas mal. "Pfff, oh l'autre", fait J. l'énervé fan d'histoire, "Stalingrad c'est au moins à la Révolution ! Alors que là, on est à Louis XIV quand même" (sic).


D., 13 ans, qui adore l'histoire mais a des soucis de mémoire : "ah oui, mais oui, rhooo, je le connais le mot... Abraham c'est un compatriarche !"
Le même D., toujours avec sa mémoire qui flanche : "je sais moi, les oiseaux qui partent vers le sud, c'est l'hibernation!"

J., 13 ans, hyper sensible et gros dur à la fois : "ça suffit hein, de me prendre pour le bouquet mystère!"

18:25 Publié dans Livre des neleves | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note

06 avril 2008

Bienvenue à l'E.N. (partie... pfff, je ne sais plus)

Raphaël* est myopathe. Ce n’est pas ce qui le définit, mais c’est mon sujet.

Il est dans la classe en fauteuil roulant. Il a décidé de rester dans une classe pour élèves en difficulté, bien qu’il ne le soit pas au niveau scolaire. Parce que le rythme est forcément moins intense qu’en classe ordinaire, et qu’il est fatigable… il ne peut écrire longtemps, ni tenir un stylo longtemps, ni lever la main ou faire quelque geste précis que ce soit.
Mais, comme dit son père « tant qu’il peut encore écrire, il faut le faire écrire ! »

L’Education Nationale accompagne ces élèves de la présence d’un AVSi, un assistant de vie scolaire, le « i » étant là pour « intégration »… sachant que l’école est obligatoire et que tous les enfants devraient pouvoir y être scolarisés et non « intégrés », mais c’est encore un autre débat.

Quand je suis arrivée sur ce poste, Raphaël était accompagné pendant les cours d’une charmante jeune femme enceinte. Laquelle l’aidait à sortir ses affaires de son sac, choisir les bons cahiers (il ne peut pas se pencher hors du fauteuil pour fouiller dans le sac à dos trop lourd), installer les affaires sur la tablette du fauteuil (il n’y a pas la place pour un cahier et un livre en même temps, pour la trousse et le cahier également…), écrire pour lui quand il fatigue trop, finir de colorier ses cartes (gestes trop fins et demandant trop d’endurance), etc.
Elle l’habillait pour la récré et la sortie, et l’emmenait aux toilettes où un agent de service était volontaire pour l’accompagner. Evidemment, pour un jeune homme de treize ans, c’est difficile de se faire accompagner aux toilettes tout le temps.

Qui dit enceinte, dit congé maternité un jour… un jour oui… mais c’est l’Education Nationale… trois semaines avant le congé officiel, personne n’était encore prévu en remplacement. Sauf que… la jeune femme habitait à près de 35 km de là, et 70 km par jour en voiture finissent par exciter un peu le bébé, et avancer le congé…

Alors Raphaël se retrouve deux semaines chez lui, à attendre qu’on veuille bien embaucher quelqu’un d’autre.

Le nouvel AVSi arrive.
Mais c’est l’Education Nationale, un endroit où on doit donner l’exemple, notamment sur l’embauche des travailleurs handicapés.
Alors, pour s’occuper de Raphaël est arrivé… un mal-voyant.

Didier* est gentil et attentionné… mais il ne voit pas un mot de ce qui est écrit au tableau, ou sur les feuilles de Raphaël. Il fait beaucoup d’efforts pour déchiffrer le tableau en se postant à dix centimètres de chaque lettre, mais cela gêne les autres élèves, de toutes façons, il ne discerne pas les couleurs…
Les cahiers de Raphaël se révèlent à la correction remplis de lignes sautées… au lieu d’un mot en rouge ou en vert…

Didier ne voit rien dans le sac à dos de Raphaël, il doit sortir tous les cahiers à chaque fois et choisir avec l’élève.
Didier ne voit pas bien où est le bras de Raphaël quand il lui enfile son manteau…
Didier copie avec des fautes, parce que c’est ce qu’il pense avoir vu au tableau ou sur les autres cahiers prêtés…
Didier ne peut pas relire où s’est arrêté Raphaël, et recopie la même chose en moins lisible encore…
Didier ne peut pas préparer les crayons de couleur ou les stylos, parce que le temps d’être certain de la bonne couleur, le cours est fini.
Didier peut amener le dictionnaire (une fois qu’un élève lui a montré sur quelle partie de l’étagère il trouverait les dictionnaires) à Raphaël mais pas l’aider à chercher dedans.
Didier ne voit aucun des obstacles qui se trouve sur le chemin de Raphaël quand celui-ci manœuvre avec son fauteuil pour s’installer en classe.
Didier ne peut pas aider Raphaël à boucher les trous de la flûte, ce qui demande pourtant à Raphaël d'énormes efforts pour écarter et maintenir ses petits doigts, mais justement... les trous ne ressortent pas assez sur la flûte et les doigts sont trop petits pour que Didier puisse discerner les uns ou les autres!
Didier est souvent intéressé par les thèmes des cours, mais ne peut rien suivre sur les feuilles, pourtant pleines de schémas et autres dessins présents pour compenser les problèmes de lecture des élèves en difficulté : de toutes façons, il ne voit rien.
Et parfois, Didier ne voit même pas qui s’adresse à lui, d’un adulte ou d’un élève… pourtant il a un bon feeling avec les mômes, mais un temps de réaction qui finit toujours par perturber l'élève qui lui parle.

Finalement, c’est presque une chance pour lui de pouvoir repérer l’élève dont il doit s’occuper à son fauteuil…
Et Didier n’a d’autres choix que de s’ennuyer, ou de dormir, quand Raphaël se charge de tout et fait son travail tranquillement…

…parce que son rôle est de s’occuper de Raphaël et faciliter son intégration, il n’a absolument pas de droit de faire quoi que ce soit d’autre dans la classe, pas même aider un autre élève… et parce qu’il n’y voit rien du tout, il ne peut même pas bouquiner tranquillement, dans les périodes où Raphaël n’a pas besoin de lui.

Et puis, parce qu’il a un poste d’AVSi, il ne peut travailler que 28 heures par semaine. Ce qui couvre juste les heures de classe, et les récrés, et à peu près le laps de temps entre l’arrivée de Raphaël et le début des cours. Rien d’autre.

Alors le midi, Raphaël doit compter sur la bonne volonté des personnes présentes pour remplir son plateau à la cantine, et lui porter…
Alors le midi, Raphaël ne peut pas aller aux toilettes, et doit attendre les heures de cours, et demander à quitter le cours, et perdre un quart d’heure avec toutes les manœuvres nécessaires.
Alors, pas de sorties pour Raphaël, car personne ne peut s’occuper de lui, ni sur l’heure du midi, ni en dehors des heures de cours qui sont forcément dépassées si la sortie nous mènent à Paris. Nous n’avons pas le droit de le porter pour le placer dans un bus, ou l’emmener aux toilettes, et tout n’est pas accessible non plus pour lui… notamment à Paris où les bus n’ont plus le droit de faire un arrêt même pour déposer les passagers. Certes les musées sont accessibles, mais pas la route jusqu’au musée… et pas le voyage en bus, et pas les pauses nécessaires.


Evidemment, ensuite, on peut toujours dire qu'on a une administration stupide. Et je le dis.
Mais en attendant, ça ne fait rien avancer du tout. Heureusement, la communication est bonne entre les deux !



*Raphaël et Didier ne sont pas leurs vrais noms bien sûr

P.S. : je sais, il existe des ordinateurs pour aider les enfants avec ce type de handicap. Celui de Raphaël est en cours d'autorisation -> il a été demandé, les Académies doivent les fournir, mais il faut d'abord prouver le handicap, puis l'intégration dans une classe, puis remplir un document de 6 pages montrant en quoi l'élève est à sa place dans la classe, et quelles sont ses difficultés pour justifier l'ordinateur... normalement, on l'aura peut-être en mai... ;-)

15:28 Publié dans Livre des neleves | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note

11 mars 2008

C'est tellement plus simple de leur demander...

Oubliés comme d'habitude, dans la liste des élèves du collège, on finit par raccrocher les wagons, et pouvoir partir visiter l'Assemblée Nationale avec nos 6e comme avec tous les 6e du collège... à la simple différence, que nos 13 malheureux (je parlerais un de ces jours du 14e qui n'a même pas eu la chance d'accéder au bus, lui!) seront séparés en 3 groupes pour compléter les bus, partant chacun avec deux classes de 6e "ordinaires" complètes, trois vendredis de suite...

Le groupe que j'accompagne a droit à la visite de Beaubourg, en attendant l'heure de la visite à l'Assemblée...

Mais bon... on est dans le centre, avec la jeune stagiaire de français pète-sec, et même carrément "pas baisante" comme on dit en cauchois ici, ce qui n'a rien à voir avec le terme auquel on pourrait penser (z'avez qu'à réviser vos classiques du cauchois, avec la saison 2 de Chez Maupassant ! Entre nous déjà "saison 2", on est certains qu'il y aura une fin, il n'a pas fait longtemps le Guitou à trop aimer les femmes, m'enfin bref...)

La stagiaire prend bien du plaisir à Beaubourg, et oublie, ou n'a jamais su, ou n'a pas encore compris, que si on emmène les mômes en sortie pédagogique, c'est pour les mômes, ce qui est forcément frustrant pour qui aime les lieux qu'il fait visiter et voudrait tout voir longuement...
car on se met à leur portée, on leur propose un choix d'oeuvre... on ne devrait pas courir voir toutes les installations/sculptures/peintures qu'on adore... et rester plantée devant à disserter des heures avec deux élèves souriantes...

à moins de délibéremment décider que l'autre collègue (moi, moi !) était là pour joueur les chiens de berger pour les 24 gamins qui en ont eu assez d'assister à ses extases dithyrambiques et châtiées devant ses oeuvres préférées, et meurent de faim parce qu'il est 13h30 et que leur p'tit déj' remonte à 6h30 du matin...

à moins de croire que oui, ils savent tous ce que signifient les mots "fonctionnaliste", "esthétique post-moderne", "éclectisme", "abstraction", et même tiens "la critique post-moderniste du rationnalisme universaliste"... à 11 ans ! Et oui, je pense qu'elle avait beaucoup à leur apporter par sa connaissance des artistes et des oeuvres, et oui, je suis sûre que les oeuvres pouvaient être à leur portée, si on leur mettait à leur portée...

à moins d'être convaincue que dire à un môme de 11 ans qu'il est "un vrai gamin" est un reproche fort et recadrant, alors que oui, à 11 ans, c'est un gamin...

à moins d'imaginer que les élèves se taisent tout seuls sans qu'on leur dise, qu'ils la suivent, épatée par son savoir...
...je suis épatée, moi, et par ce qu'elle traduit des oeuvres, et par la richesse de son français, beaucoup moins pour son intérêt absent (en apparence?) pour les élèves, et sa gestion de ce qui fait aussi notre boulot : la sécurité des mômes, la responsabilité de chacun d'entre eux, le suivi et la gestion des déplacements, les rappels à la loi (pas trop de bruit, pas de mains sur les tableaux, pas de pieds sur les socles, et non, on ne se met pas sur la photo de la dame...) etc... les trucs chiants mais qui font une grosse part du travail aussi... bref...

autant dire que je passe un sale quart d'heure qui durera de 8h à 21h30...
mais au détour d'une salle, un des 5 neleves que j'ai pu emmener lors de cette sortie, montre du doigt une toile en éclatant de rire :

bb1e365248bb74800c73bc78e5ab4e76.jpg

[L'Adoration du veau, Francis Picabia]

"il a une tête de vache!". Il rit tout seul quelques secondes, puis continue "c'est bien fait, la tête de vache". Et il se détourne.
J., 12,5 ans, est un élève non lecteur qui n'a pas pu lire le titre du tableau. Un élève qui a de vrais soucis d'élocutions. Un élève qui adore dessiner. Et n'a guère les moyens de quitter sa campagne (un hameau de 35 personnes, hors d'un village de 400 personnes) sinon en prenant le bus pour aller au collège... donc de voir ou entendre autrement que par la télé.
J'ai juste vu le fil sur lequel je pouvais tirer, juste aperçu la lueur. J'ai juste la chance d'avoir été là.
"Tu ne vois que ça quand tu regardes le tableau ?"
J. hausse les épaules, genre c'est évident quand même : "ham, mais hem oh , c'est juste un homme avec une tête de vache, et les autres, ils croient tous que c'est le roi !"


Moi, j'aime.









.

23:45 Publié dans Livre des neleves | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note

04 janvier 2008

Impromptu

Qu'il est difficile de se rappeler de mettre un 0 lorsque la multiplication a un multiplicateur avec une dizaine...
pas moyen que cela reste. Toutes méthodes confondues, et avec les explications nécessaires pour qu'il ne soit pas comme un cheveu sur la soupe, ce fameux 0, il reste quand même une dizaine d'élèves sur 16 qui l'oublient... et qui l'oubliaient également l'année passée avec leur précédent professeur, et puis encore l'année d'avant en CM2, et encore avant quand ils l'ont appris mais pas pu l'acquérir définitivement...

Alors, on y passe encore une heure ensemble, avec un demi-groupe de 8 élèves, avec d'autres exercices, et aussi du râbachage... tout tester, tout tenter... à chaque élève sa raison de ne pas se souvenir. A chaque élève, une difficulté différente devant l'opération.

Et puis... ça commence comme une sortie de récré pas encore gérée : "d'façons, à la sortie j'le tue, j'l'étrangle" grogne l'un d'entre eux, parlant d'un tiers absent.

Et G. se lève en hurlant, presque à la mort. Il pleure, à vraies larmes. Il crie, gesticule avec ses longs bras fins en tentacules autour de lui. Quelques élèves autour se bouchent les oreilles, d'autres baissent la tête pour éviter les coups maladroits.

"G., s'il te plaît", rappel au calme tranquille. Ne pas le brusquer, ne pas le blesser plus qu'il ne semble l'être.
Je réitère un peu plus fort, parce qu'il n'entend même pas, totalement pris par ses propres cris.
Cet élève a de vraies douleurs morales, mais aussi une façon toute à lui de les exprimer de manière théâtrale. Ce qui, bien souvent, agace les autres qui pensent "cinéma", et les excite assez pour que plus aucun ne reste calme et concentré.

"G. !!", évidemment, on hausse le ton. Ce n'est pas politiquement correct, parfois pas même très psychologue. Mais G. n'est pas le seul à avoir besoin qu'on s'occupe de lui, et laisser les autres avec une telle sirène dans les oreilles n'est pas la solution.
"Si tu as besoin de respirer un peu, n'hésite pas à sortir".
G. hurle encore plus fort. Il n'y a plus de larmes, mais un besoin de se faire remarquer pour sortir et partager cette souffrance qui le fait exagérer les hurlements.

"G. si tu as besoin, tu nous parles de ce qui ne va pas. Sinon, pense aussi que les autres souhaitent travailler!"
"J'vous y verrais, vous aussi !! Hein, l'autre, il dit étrangler!
- c'est sûr, ce n'est pas très sympa
- j'vous y verrais vous, on s'en fout si c'est sympa, mais moi, ma mère elle a essayé de m'étrangler, c'est pour ça que j'ai plus le droit de vivre avec, alors ce mot-là ça me fait pleurer !!!" et il repart dans ses hurlements.
J'entends l'élève lui dire que "bon, il savait pas, désolé pour sa mère"...
- tu parles pas d'ma mère toi !! Pauvre con. Fallait pas dire étrangler"
Et de disputer d'autres élèves qui compatissent.
"Non non, j'vous y verrais vous, si on avait dit 'étrangler' aussi. Je veux pas entendre ce mot"

Quand les hurlements, après maintes consolations et quelques admonestations, finissent par baisser d'un ton,
l'explication peut venir, valant ce qu'elle peut valoir.
"Tu sais, G., ce mot, tu l'entendras aussi à la télé par exemple, ou tu le liras, toi qui lis beaucoup. Ce n'est pas du mot qu'il faut avoir peur. Ce n'est pas le mot qui te fait du mal, ce sont les souvenirs que tu y associes, il faut que tu te le réappropries, ce mot". Je me sens donneuse de leçons, pontifiante et lénifiante, mais bon.
"Ouais, elle dit ça aussi la psy mais je veux pas entendre ce mot! Personne a le droit de le dire"

Et là, Ch. un élève qui était resté attentif, finit par se lever de sa place, et s'approcher.
"Oh bon ça va, hein, puisqu'on te dit que c'est qu'un mot. Moi j'ai été violé, au début d'accord je voulais pas entendre le mot, mais bon ça va. Dire le mot violer, c'est pas comme se faire violer encore. Sinon, j'en serais pas sorti avec la télé et les journaux."

22:40 Publié dans Livre des neleves | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note

21 décembre 2006

I knew the pathway like the back of my hand

"Vous passez votre temps à torturer ma fille, je l'invente pas, elle en est malade le soir quand elle rentre..."
nous on veut bien le croire, que sa fille est malade, mais si sa fille est malade avec les trois profs qu'elle a, y'a p'têt aussi un souci du côté de la gamine... m'enfin
'ma fille ne ment pas, donc si ce n'est pas elle, il me faudra peut-être mettre micros et caméras dans vos classes pous savoir ce que vous lui dites ?"
et sa fille de douze ans est hilare, de voir sa mère nous insulter
"si ma fille ne fait rien en classe, c'est que vous ne vous mettez pas à sa portée ... c'est simple !", ah oui, c'est simple Madame, dans les classes spécialisées on adapte pratiquemment à chaque élève pour chaque exercice... "non non, vous lui donnez du travail trop difficile, c'est tout", ah mais oui madame, dix fois trop difficile, exprès, tellement on est méchants...
"et c'est normal qu'elle soit dure avec ses camarades, on lui a appris à le faire, pour ne pas être embêtée...", Madame, nous, on n'a pas dit "dure", on a dit "méprisante et méchante"... et en fait, c'est même une petite conne et une sacrée garce...

n'empêche, n'empêche, devant la gamine morte de rire, la mère nous a bien dit qu'on torturait mentalement sa fille, qui rentrait et souffrait tous les soirs, maux de têtes et maux de ventre... "et ça, je ne l'invente pas quand même!!!"

effectivement...
d'ailleurs sa fille a été absente toute la semaine, hospitalisée pour une appendicectomie...











humeur du jour : grrrr

émotion
: fatigue

pensée du jour : ours a bougé, nouvelle tanière ?

projet en cours : quelques créations persos au point de croix... me plaisent mes dessins, moi, c'est déjà ça

taux de procrastination : entre 0 et 100 % selon les minutes, apprendre à viser juste ! ;-)

envie gourmande : salade, fruits, soupe légère... et de l'eau gazeuse. Dire que les repas de fête n'ont pas commencé encore !

bande-son : la salsa de Ray Baretto... classique

hommage : à mes p'tits cinquièmes, qui m'amusent trop à bosser comme ça...

21:10 Publié dans Livre des neleves | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note

08 décembre 2006

Mes piti chti neleves

... cette classe c'est une nouveauté pour moi...
je les connaissais peu lorsqu'ils étaient en 6e chez nous, n'ayant qu'une heure à partager avec eux par semaine.
Les voilà en 5e, et c'est la classe que je vois le plus...

Une grande nouveauté également, parce que depuis trois ou quatre ans, c'est la première classe qui travaille, qui bosse tout le temps, qui est motivée, et sympa avec nous. Evidemment, tout n'est pas rose, ils ne sont pas très agréables entre eux, et surtout, ils sont très bruyants, très excités tout le temps, et ils bougent beaucoup.
Mais c'est vraiment un plaisir de bosser avec eux...

Comme je les connaissais peu, j'ai commencé seulement cette année, les dossiers les concernant... j'avais fait le même topo l'année dernière je crois au sujet de mes plus grands...

mais ça me remet toujours les idées en place... petit rappel ? Nos élèves sont dirigés vers notre structure en cas de grande difficulté scolaire pour laquelle les aides mises en place avant le collège n'ont pas suffi.

Dans les faits, on trouve des cas, comme on en trouve partout, mais hélas bien plus nombreux. Que ceux qui sont doués en statistiques calculent les probabilités de trouver sur 17 élèves :

G., dont la maman est décédée il y a maintenant 5 ans, et dont le beau-père (il n'y a pas de père officiel) est en prison. G. donc, qui va de foyer en tentative de famille d'accueil et retour au foyer.

C. dont le papa est décédé dans un accident de voiture il y a trois ans. C. a de plus des petits handicaps moteur.

M. qui n'a pour seul souci que des parents divorcés, depuis plus de 8 ans, mais qui se déchirent toujours à coup de reproches autour d'elle... en plus des difficultés scolaires, elle a cumulé du fait du divorce pas moins de 4 adresses en deux ans, et donc aussi trois écoles.

C2. aurait tout pour aller bien... mais des années d'angoisses nocturnes l'ont fait dormir dans le lit de ses parents toutes les nuits jusqu'à son entrée en 6e chez nous (soit 12 ans)... aujourd'hui, elle a apparemment toujours les mêmes angoisses, mais la maman est persuadée que les 4 profs qui officient auprès de sa fille sont responsable de son état, et coupable de torture mentale. J'aimerais bien en fait la torturer. Des heures. Je n'ai jamais vu une enfant de douze ans capable d'une si grande méchanceté envers les autres. Jamais. Et pourtant j'ai été peste à cet âge, et j'en ai connu d'autres. Mais méchante et méprisante de cette façon, non. Peut-être que je devrais la torturer vraiment, après tout, la mère nous en accuse ouvertement, devant sa fille tout sourire, et se demande si elle ne devrait pas mettre des micros, car sa fille ne ment pas, et donc elle pourrait au moins avoir une preuve de ce qu'on dit à sa gamine. Comrpendre que si la gamine est une petite conne, ce n'est pas de sa faute... ;-)

T. parents séparés, vit avec sa maman. Son père l'a oublié. Ces deux dernières années, son père l'a vu une fois, et le gamin a trouvé le courage de téléphoner de lui-même deux fois. Mais pas un NoËl ou un anniversaire avec un geste du père.

X. est arrivé cette année après une année en collège où ses difficultés ont nécessité une réorientation urgente. C'est un chouette môme mais que nous surveillons comme le lait sur le feu, car ses fréquentations, comme sa façon très désinvolte de se conduire ont mené d'autres de nos élèves précédents vers des comportements délinquants... A X., je demande il y a quinze jours de m'organiser un rendez-vous avec quelqu'un de chez lui, façon détournée que nous avons de ne pas faire de gaffe. Et X. tout sourire, de s'exclamer : "oh ben ce s'ra maman, hein, parce que papa, y'en a jamais eu !!"

J. est un gosse charmant, généreux, souriant, avec un sale caractère. Ses parents l'entourent, de beaucoup d'amour, et font très attention à sa scolarité. Les parents de J. sont tous les deux handicapés mentaux, et travaillent dans un atelier protégé.

M. est un gamin mignon et infernal, sans aucune confiance en lui... toujours à se dénigrer lui-même, et à penser qu'il ne sera capable de rien. Mais, papa est en prison, maman est une toute jeunette, qui a déjà un grand garçon. Ses deux fils lui ont été enlevés deux fois. L'aîné est en centre éducatif, après un passage chez nous... et le beau-papa est violent. Comment avoir de l'assurance ?

J2. est le frère de deux jeunes filles déjà élèves chez nous. L'aînée de la famille avait été élève chez nous aussi, mais était sa demi-soeur, reconnue par le père des trois autres (et quelques autres), alors que son vrai papa est le père officiel d'un autre de nos élèves... bref... J. a 12 ans presque 13. PEndant les vacances d'été, il s'est fait prendre au volant d'une voiture volée. Souvent, il n'arrive pas en classe le lundi. Si on le voit le lundi, sa gestion des soucis du week-end est telle, qu'il se rend infernal.
LA semaine dernière, suite à un appel concernant son comportement, nous sommes allés à la pêche aux renseignements, sans vouloir de détail, genre "est-ce qu'un évènement du week-end, expliquerait qu'il explose aujourd'hui ?"
Et la famille de nous répondre qu'elle n'en sait rien, J. est sorti après le repas du midi le samedi, et n'est rentré que le dimanche après minuit...

Petit J3. a perdu sa maman d'un cancer il y a trois ans. Il en est encore perturbé. A une question sur le nom de sa mère, il y a un mois, il répondait "elle est morte en avril"...

C.3. vit avec maman et beau-papa et son demi-frère. Pas de papa officiel. Mais un système familial complexe fait de sévérité, et d'attentes énormes. Mardi, C3. a laissé son ardoise bien en vue sur son bureau à mon intention, avec une sorte d'appel, qu'elle ne supportait plus son beau-père qui était chiant, et qu'elle allait se tuer...

K. est une pile électrique aux yeux craquants. Il vit avec sa famille et pas mal de frères et soeurs, dont un qui s'est fait exclure en deux ans, de trois collèges de la ville, avec un détour dans le collège où est notre structure. Ce n'est qu'un détail côté famille pour K. mais ça n'aide pas à se faire accepter dans un collège où son nom est connu comme le loup blanc...

A va plutôt bien. Plutôt. Mais elle est un peu livrée à elle-même. Maman est handicapée et ne peut sortir. Papa est mort. Ce sont le grand frère et la grande soeur qui gèrent tout à la maison, mais ils rentrent plus tard qu'elle le soir. Alors elle a développé une certaine autonomie, et une façon très adaptée de gérer la classe à coup de vacheries et de coups en douce.

S. arrive d'IME, institut médico éducatif, où on n'est orienté que sur la base d'un handicap mental ou physique ne permettant pas la scolarisation en "milieu ordinaire". S. est arrivée dans la classe cette année, grand sourire, grande douceur, tout en politesse et respect pour tous. Elle a pris la tête de la classe dans toutes les matières, tout en présentant un travail perlé, toujours achevé, et une motivation motivante pour les autres... il y a des parcours étonnants.


Et voilà, faites le compte, il ne me reste que trois élèves dont je n'ai pas parlé...
Je ne signifie pas du tout par cette note, que la mono-parentalité est la raison de leurs difficultés, loin de là. Ce n'est absolument pas sous-entendu.
Ce qui m'effraie, c'est le nombre de ces petits, qui ont déjà tous connus une grosse souffrance... et le fait qu'il y en ait autant parmi les élèves de la même classe.

C'est à la fois triste pour eux, et très rassurant. Car mes classes les pires ne sont justement pas celles où j'ai le plus de cas de ce type. Mes deux troisièmes sont remplies d'élèves qui explosent pour un oui ou pour un non, dont le nom est déjà connu de la justice, ou qui sont de vrais feignants, pour avoir testé à plusieurs collègues (disciplines physiques, professionnelles ou plus classiques), promis, ce n'est pas une façon d'être vache et de me venger, sur 30 élèves, j'ai au moins 10 vrais feignants dans mes classes de troisième.
Alors, quand je vois tous ces mômes toujours prêts à bosser, et à tenter ce qu'on leur propose, oui, c'estrassurant ...










humeur du jour : fatiguée, oubliez tout ce que je viens de dire, ils M'ont TUER !!!

émotion : fatigue, fatigue, fatigue, ...

projet en cours : les mêmes que la fois précédente, ainsi que le super projet musique sur ordinateur pour les piti chti neleves

pensée du moment : les bras de M. T. C., longs à arriver...

hommage : à ma créativité, mais oui, parfois je m'épate !!

mot d'aujourd'hui : Noël, ça arrive trop vite, j'aurais le temps de rien avant...

ma phrase du jour : "ils ont mis un périph' à l'autre classe", décidemment vocabulaire et langage des élèves déteignent... ;-)

taux de procrastination : entre 17 et 20 h, le taux est étonnament proche de 0... parfois je m'épate !!

bande-son : The Clash, "London Calling", et zouh, ça repart...

envie gourmande : petit pain au fromage, yaourts au citron vert, et poire bien mûre et dégoulinante... et une infusion pour digérer le tout !

23:15 Publié dans Livre des neleves | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note

12 septembre 2006

La pine, c'est pas un mux !

"La pine, c'est pas un mux !"... telle est la réponse de H. à J. Monsieur Muscles, qui roule des mécaniques à chaque cours, à chaque pas, et avec un sourire en coin mais oui t'es beau. Et qui va répétant, qu'en plus, il ne peut pas montrer le muscle le plus dur de son corps. "La pine, c'est pas un mux".

Du coup, le cours de maths, lecture de graphiques et de courbes, est sujet et prétexte à des discussions qui m'amusent autant qu'elles me choquent.
Avant de lire, retenez bien que les neleves ont des cours de SVT (sciences et vie de la terre), c'est-à-dire biologie entre autres, et qu'on leur détaille leur anatomie, y compris intime, qu'on leur explique et montre le fonctionnement de leurs organes, etc, etc... et que dans leur scolarité chez nous, ils ont des interventions du planning familial, de la CPAM et de l'infirmière scolaire, en dehors de notre présence... donc au moins 4 interventions extérieures, pendant lesquelles ils ne se privent pas de poser des questions. Bref


"La pine, c'est pas un mux" dit H.
Et C. embraye aussitôt : "alors pourquoi c'est dur et ça tient ?". Explications rapides, sur l'afflux de sang quand ils sont excités, etc, etc, etc
et C. très curieux : "et les filles aussi alors quand ça gicle ?"
et H. "on dit pas ça gicle, on dit ça mouille".


C. est l'élève de presque seize ans qui dort toutes les vacances et trois à quatre fois par semaine chez sa copine de 14 ans et demi... et ses connaissances me font peur parfois...
Quant à celles de H. : "les femmes, c'est plus propre que nous, avec leurs règles. Leur sang est plus propre que le nôtre."
Et C. : "non, c'est propre parce qu'elles nettoient en mettant un bâton. Ca s'appelle un frottement"


La question doit prendre son temps pour faire le tour du cerveau hyperactif de C. parce qu'un quart d'heure plus tard : "pourquoi les bébés, ils sortent avec plein de sang sur la tête ?"
Et H., monsieur Anatomie, "ben parce que la meuf elle a pas ses règles pendant 9 mois hein !"


Une pyramide des âges attirent leur attention parmi les documents que nous tentons de lire.
C. : "mais alors, pourquoi les femmes, elles vivent plus longtemps ? C'est parce que nous les hommes on s'use au travail ! hein ?!"
Et H., agacé : "pffff, je t'ai dit, c'est parce que les règles leur nettoient le sang !"
Réexplications sur le sang des règles, d'où il vient, à quoi il sert, etc... les filles sont mortes de rire dans la classe, et H. circonspect : "mouais ? Et il arrive d'où ? le sang ? Il vient des lèvres c'est ça ?"
Alors les filles éclatent encore de rire, et je tente de lui expliquer à nouveau l'anatomie... et c'est parti.
"C'est vrai Madame, que derrière ça fait plus mal que devant ?" etc, etc

et J. monsieur Muscle : "de toutes façons, les filles maintenant elles veulent seulement du sauvage ! Ils l'ont dit aux informations !
- aux informations ??" je suis cette fois moi-même intriguée
"OUais bon ben à la télé hein, dans une émission je sais plus où, mais ils l'ont dit à la télé..."
" Et n'importe quoi à la télévision, ce sont des informations
- ben oui, si la télé le dit !! Et puis bon hein, c'est normal,c 'est parce qu'on est jeunes nous... alors on a besoin de faire l'amour, vous pouvez pas comprendre !".
Me voilà dans le quatrième âge, mais qu'à cela ne tienne : "les personnes âgées font l'amour aussi, J.
-mouais, mais pas sauvage, peuvent pas, hein, c'est que nous parce qu'on est jeunes et sportifs ! On a des muscles pour être forts pour ça!", muscles qu'il fait rouler...

Et H. "ouais, mais j'te dit : la pine c'est pas un mux!"













Humeur du jour
: usée, hihi, mais sourire

Phrase du jour : M. mon petit turc, en apprenant ce qu'est la première guerre mondiale : "s'il y a une guerre mondiale dans le monde, je retourne en Turquie pour pas m'battre"

Bande-son : le dernier The Servant

mot du jour : pine et mux

Pensée : entre vagues et verdure, never even thought it could happen to me...

émotion : énervée par une migraine lancinante depuis deux jours... qu'est-ce qui a pu me stresser ainsi ?

taux de procrastination : 95 % sur mes écrits, 100 % sur la vaisselle depuis deux jours, 0 % sur le boulot de classe, et suis même en manque de temps !!

projets en cours : tous ceux qui ont un lien avec la classe, pas le temps d'autre chose.

hommage
: à mes prédécesseurs qui ont pu faire une carrière entière dans le spécialisé... je ne tiendrais pas jusqu'à 70 ans dans ces classes...

18:25 Publié dans Livre des neleves | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note

05 septembre 2006

Bille en tête !

D'abord, d'abord... ça commence par un élève que je vois rentrer dans la cour, de loin, alors que je bosse dans la classe avant les cours. "Quoi, keskiya ? Kesse tu m'veux ?", hurle-t-il à tout le monde.

Puis ça continue avec l'alarme qui se met à sonner, et m'oblige à quitter la classe. Chouette rentrée.

D'abord,d 'abord, ça commence avec une classe de 3e qui compte trois absents... Puis deux. Puis un. Parce que S., ma blonde préférée, a déjà loupé son bus. Parce que D., mauvais joueur, était vexé d'être venu hier pour rien, bien que parfaitement au courant que sa rentrée se passait aujourd'hui, et donc a décidé de prendre un bus plus tard.
Puis ça continue avec des nouvelles de T., la troisième absente : elle est chez le coiffeur, et en a pour la journée, mais oui oui, elle viendra jeudi, pas de problème.

D'abord, d'abord... ça continue avec des plus jeunes, dont un s'est fait piquer à fumer en plein milieu de la cour, assis sur un banc, tranquillement, avec une super technique. Pour cacher qu'il fume(totalement interdit bien sûr en collège), il a retiré sa casquette (au moins il ne sera pas en infraction avec), et souffle sa fumée dedans, puis descend sa casquette au niveau de ses jambes pour évacuer la fumée... terrible...

Puis ça continue avec une classe où la moitié des élèves dort déjà... ou encore.

D'abord, d'abord, c'est une classe de troisième avec 3 absents également pour la rentrée. Dont mon H. préféré, et son pote A. Dont V. et J. deux autres terreurs de la classe. Finalement il n'y a que C. le fou furieux, et P. qui risquent de me faire sauter un plomb, presque réussi.
Puis ça continue avec le passage de l'assistant social, qui est persuadé d'avoir sauté sans le savoir dans la fosse aux lions... mais au moins, perso, je souffle.

D'abord, d'abord, j'ai une copine allemande à la maison, qui désirait vaguement venir voir comment nous travaillons. Mais, elle est tellement inintéressante, et toujours à rester là où on la pose, que finalement, le pire stress de cette rentrée, c'est de revenir chez moi après la classe, c'est dire... rien ne l'intéresse, jamais un coup de main, jamais un merci pour les sorties, alors que je me passerais bien de ce genre de dépenses, et que j'ai des heures de boulot à effectuer à la place. Et en plus, jamais une réponse quelle que soit la réponse qu'on lui pose... mais bref, je lui organise la venue dans l'établissement.
Puis ça continue avec une de mes collègues à la récré, qui est une de mes copines, et qui est passée une heure ce week-end me voir, et la rencontrer : "elle est trop mal polie, je n'en veux plus dans ma classe dans ces conditions. Il y a un minimum".


D'abord, d'abord, la rentrée sans H. n'est pas une vraie rentrée.
Puis ça continue, en apprenant qu'il était là, toute la journée devant le collège à traîner, avec A. Donc, même pas une absence genre "je me prends une semaine de vacances". Carrément un foutage de gueule, et aucune envie de revenir... mais en même temps la sauvegarde du minimum : à la maison, on doit penser qu'il est en classe... et comme il change de toit régulièrement, pour éviter les complications familiales, à qui demander des comptes ? Ou qui prévenir ?

D'abord, d'abord, ma vieille collègue a fait chier son monde toute la pré-rentrée.
Puis ça continue.
Et ça continuera. Le pire ? C'est que je suis désormais totalement de mauvaise foi à son sujet.

D'abord, d'abord, j'ai un emploi du temps tout pourri, tout pourri... qui ne me permettra pas les sauts de puce envisagés pourtant avec joie, plaisir, et grande envie...
Puis ça continue en rentrant chez soi, et en se disant, ce soir, qu'il faudra trois semaines peut-être avant le prochain sourire en direct. Pfff, et je me dis ça, en même temps que je m'aperçois que je dois encore nourrir mon allemande, et l'occuper pour la soirée, et l'occuper pour la journée de demain, et refaire le ménage de l'appart, parce qu'à deux dedans depuis dix jours... bref, ça me gonfle déjà. Et sourire me manque déjà...

D'abord, d'abord, c'est finalement une rentrée ordinaire, dans un contexte particulier at home, et dans ma tête...
puis ça continue comme ça, comme ça... parce que dans ma tête, ça ne changera pas... et tant mieux

19:31 Publié dans Livre des neleves | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note

02 août 2006

Qui se souvient ?

de ces deux notes sur mon H. ?

Celle-ci :

m'dame, m'dame..." c'est H. le voyou attendrissant, "vous connaissez l'histoire de la bombe lacrymo?"
H. qui veut raconter une histoire? C'est nouveau, ça... mais bon, c'est la fin du cours... "non?"
H. se met la main sur l'oeil, et frotte : "ben c'est un p'tit de 8 ans, qui crie, la lacrymo, la lacrymo!!!"
"Ah... et qu'est-ce qui est drôle dans cette histoire?"
H. est souriant mais frondeur : "ben c'est quand il crie : c'est H. qui m'a fait ça!!"


et celle-là :

"m'dame, j'ai pas d'ardoise, mais c'est pas ma faute, le vigile à Inter m'a pécho pour une fois... et même qu'il m'a fait payer 14 euros pour le vol, et que j'ai même pas pu la garder, l'ardoise"
c'est encore H.
je ne le crois pas, mais je souris : "la prochaine fois, tu la paierais l'ardoise"
il fait un grand sourire aussi : " la prochaine fois, je volerais l'argent avant"


vala, c'était juste un retour sur mes notes sur H. Et les autres. En attendant les prochains. Mais j'avais presque oublié ces deux histoires-là... pourtant !!
















Mots du jour : entre vague et verdure... Et une copine allemande comprendra très bien
Humeur : souriante, souriante, souriante... mais la pression monte !
Bande-son : Lucia di Lammermoor, n'est-ce pas Annie?
Pensées diverses : Monica, suis tellement heureuse que tu sois de retour!!!
Petite émotion : pour ma kleine Nichte, même si sa catastrophe personnelle, on s'en doutait tous, ça ne soulage en rien son chagrin...
Taux de procrastination : 99,78 %, il y a trop de pensées et de petits moments à savourer, pour faire ce qu'il y a à faire.

01:15 Publié dans Livre des neleves | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note

15 avril 2006

Vieux jeu

Nous n'avons beau n'avoir dépassé la trentaine que de quelques années, ma jeune collègue et moi nous sentons parfois et dépassées, et vieux jeu. Et même, pleines de principes totalement en décalage avec l'air du temps.

Certes nous avons affaire à des ados. Des ados en situations très particulières, qui ne représentent que 4% environ de leur population d'âge, n'empêche... ce que nous découvrons parfois est généralisable à toute leur catégorie d'âge.

Nous en sommes restées à l'idée que l'adolescent a besoin de s'affirmer, notamment face à des règles dont il pense qu'elles ne le concernent plus, ceci dit en résumant.

Nous nous trouvons en face d'ados qui n'ont aucune limite et aucune règle à suivre, sinon les nôtres, et nous nous demandons souvent comment ils peuvent se construire.
Possible que nous ayons tout faux, je ne nie pas qu'on puisse se tromper du tout au tout, mais nous pensons que nos élèves ont besoin de faire leurs expériences, et pas forcément avec toute l'aide de leurs parents, ou leur assentiment...

A leur âge, nous avions chacune deux parents qui bossaient, juste un ou deux frères et soeurs, et pourtant, nous étions fort limitées en vêtements, ou gadgets dont sont friands les ados. Pas de jeux électroniques, trop chers, ou bien toute la famille se côtisaient pour un anniversaire ou deux... pas de paires de chaussure neuves tous les mois, une pour la rentrée, et ça faisait l'année... j'ai l'impression de parler de la guerre, je parle des années 80...

Même chose pour les sorties, on négociait pour montrer qu'on était capable de raisonner et d'organiser et de suivre des règles, mais c'était quand même cadré. Quant aux "bêtises", inhérentes aux envies de cet âge, c'était en douce, poru deux choses, les parents ne devaient absolument pas le savoir sous peine de cataclysme nucléaire, et c'était tellement meilleure de le faire en douce, d'apprécier quelque chose qu'on ne partageait pas avec eux, d'avoir sa vie à côté, si minime soit-elle (disons piquer 5 minutes dans un emploi du temps pour embrasser un copain, ou parler quelques minutes avec quelqu'un qui fume, oulalah, les bêtises)...

Un exemple de ce qui nous choque, nous les vieilles biques de 32/33 ans?

C. a 15 ans et demi. C'est un élève qui n'aurait pas dû arriver chez nous, au départ...disons que nous ne devrions recevoir que des élèves avec des difficultés scolaires qui ne sont pas disparues malgré les mesures prises, et les aides mises en place en école élémentaire... C. n'est pas vraiment en difficulté, il présente d'énormes difficultés à tenir en place, à se concentrer, et à s'empêcher de bouger ou parler plus de trente secondes. Nous supposons qu'il est hyperactif, ou qu'il a un problème de cet ordre, mais nous ne sommes pas psy...
Avec le temps, il est même devenu un brin borderline, voire schizo, pour utiliser des mots que tous comprennent, même si dans les faits, il n'est officiellement rien de tout cela, nous ne sommes pas habilités à faire un diagnostic de cet ordre.
Bref, C. est chiant en classe, pour les autres comme pour nous.
Il est de plus très irrespectueux, limite menaçant à l'occasion, et incapable depuis le temps qu'il est là, de se reprendre sur quoique ce soit...

Les parents... les parents sont un peu démunies. LA maman a fini l'école chez nous, elle a mon âge. Le papa n'a pas eu son CAP et n'est pas allé au-delà. Non que cela les rendent moins intelligents. Simplement, ils ne sont pas les mieux armés face au monde qui les entoure.
N'empêche. C. n'est ABSOLUMENT pas comme ça chez eux, c'est de votre faute... dit la maman. Sauf que, sauf que, si les collègues d'école élémentaire nous l'ont envoyé alors qu'il n'avait pas de grosses difficultés, c'est qu'autre chose empêchait qu'il puisse intégrer correctement le collège. Sauf que, sauf que, le papa, derrière la maman, hausse les épaules quand elle parle, et fait des signes d'impuissance explicites... il n'est pas tout à fait d'accord, mais ne peut se permettre de le dire.
Bref, aucune aide de ce côté là, ce qui signifie impossiblité d'une visite médicale au minimum, voire d'un rendez-vous psy. Ce qui signifie aussi que tout ce qu'on pourra mettre en oeuvre de notre côté ne tiendra que par notre volonté, et ni par leur bon vouloir, ni pas l'accord du môme... l'impasse donc.

Voilà deux ans, que notre C. perd son temps, perd le nôtre, et empêche les autres de bosser. Cette année pourtant, il y a un mieux. Pas en classe, non, pas en boulot, ou en calme et comportement. C. a une copine. Une élève, L., de 13 ans.
Du coup, non seulement il fait ch... son monde, mais en plus il vient TOUS les jours, hélas...

A chaque cours, il tente de se faire exclure, pour pouvoir faire le tour du couloir, frapper comme un fou aux murs et portes de la classe où elle bosse, voire ouvrir la porte et se montrer. Se faire exclure ce n'est pas rien, pour nous, c'est répondre jusqu'à nous insulter, c'est perturber, jusqu'à courir partout dans la classe, ou frapper les autres élèves. S'il se "contente" de juste parler et crier, et chanter, et bouger dans un périmètre de deux mètres autour de sa table, on est bien obligés de le garder en classe...

J'en finis avec le specimen, pour arriver à ce qui nous interroge...
C. donc a 15 ans, sa copine,13... et incidemment nous apprenons, qu'ils dorment tous les week-end et toutes les vacances ensemble chez la maman de la jeune fille... avec l'assentiment des parents des deux côtés, gloups.

Désolée, oui, nous devons être vieux jeu, je ne vois pas d'autre solution... certes je n'ai pas encore d'enfants, et ma collègue en a deux tous petits, et nous ne sommes pas confrontées personnellement à ce type de situation, mais non... oh non, nous ne voyons pas en quoi c'est bien pour ces deux gamins...
alors si quelqu'un peut nous expliquer en quoi c'est bon pour eux? (et je ne parle pas du sexe! ;-) ), et en quoi, c'est bon pour leur construction perso, je prends au passage toutes les explications possibles...

14:25 Publié dans Livre des neleves | Lien permanent | Commentaires (38) | Envoyer cette note | Tags : Lost in migration

30 mars 2006

Do you speak english

Mes chti neleves adorés en sont à leur troisième année d'anglais... soit! C'est moi qui leur fait cours d'anglais cette année, mais les deux premières ont été assurées par de "vrais" profs, comme ils le disent eux-même, des profs d'anglais, en clair, des gens qui ne font que ça
toujours est-il qu'à 14 ou 15 ans, et après deux ans et demi d'anglais, voici quelques unes de leurs traductions...

côté version:

I'm french
= ja bite en françe

To joke
= boissons
= plague
= la souris

It's cloudy
= li fait bau
= il pleu

côté thème:

amusant, drôle = fring (pour funny)

souris
= cat
= maousse

le chat est noir
= it is ckat you black
= le charte est black
= catBlack
= le cat's black
= cat the black
= I cat

je m'appelle
= mane is
= mayenémise


j'ai une tendresse pour le dernier d'ailleurs, parce que phonétiquement, tout y est: mayenémise !

21:40 Publié dans Livre des neleves | Lien permanent | Commentaires (58) | Envoyer cette note | Tags : Lost in migration

17 mars 2006

cascades de "neleveries"

Quinze ans... vous saviez quoi à quinze ans?

Pour en apprendre un peu plus sur les régions de France avec les neleves, voici quelques "neleveries"

B. parle du Nord-Pas de Calais: "en agriculture, ben ils font des oranges"

J. décrit l'Alsace: "y'a une vallée"... "bien, s'il y a une vallée, c'est qu'il y a ...???"... pas de réponse de la jeune fille. Autre question pour l'aider: "y'a-t-il des montagnes? Ou un fleuve?"... et J.: "non non, pas en Alsace..."

L., la meilleure élève de la classe, celle qui retient parfois queqlues détails des leçons de la semaine précédente, nous explique qu'en Picardie, il y a 62 % d'urbains. Soit, mais "peux-tu nous dire ce que cela veut dire urbain?" (voilà deux ans et demi qu'on travaille les notions d'urbain et rural, et qu'on évite même le rurbain, pour ne pas les planter...). Gros blanc chez la jeune fille."L., urbain? Je suis sure que tu te souviens...
- euh, ... c'est leur religion?"

L. toujours sur la Picardie: "ils font de la betterave..."... très bien, et ça sert à quoi? "ben pour qu'on mange hein!", oui mais encore? Penses-tu que toute une région fasse de la betterave juste pour qu'on mange??? "ouais", fait Ja. "parce que déjà moi, j'en mange pas!"

Et toujours pour en finir sur la Picardie: "il y a une tradition de la verrerie, avec saint Gobain", et la verrerie ça sert à? ça fabrique quoi ... ? "ben des verres, hein!"

sa copine S. a choisi le Poitou Charentes, d'ailleurs, pour elle, c'est "la Poitou"... et sa région renommée est "rurale, avec une grande façade maritime"... très bien, S. Très bien! que signifie rurale? "euhhhhhhh"... c'est quoi une façade maritime??? "euhhhhh"
bon, maritime, ça veut dire qu'il y a la mer... tu connais la célèbreville de ta région qui est au bord de la mer? "euhhhhhhhhhhhhhh"...
Petit historique du Poitou Charente: "en 732, bataille de Poitiers, puis pendant le 17e ils partent au bequet (Québec), et en 1940 c'est le Poitou Charente"

V. très désorganisé, mais ayant fait le plus de recherches, nous parle de la Bretagne: "y'a trois départements".
Hélas pour lui, la carte qu'il nous montre, en compte 4...
"la capitale c'est Nantes...", hélas pour lui...
" dans les départements, y'a la côte de la mort", hum, hum
"la population, c'est 29 millions....", euh....
la superficie, c'est 2000 et 7000 km, non, 2 millions"
"bon, y'a eu un roi...." (quand, qui, pourquoi, comment, un seul???)
"y'a des plages en Bretagne"... très bien, donc? "ben euh, alors euh, y'a la mer...", d'accord, quelles mers? "c'est pas marqué"
"bon, j'ai une photo, c'est euh... des rochers, quoi..."
"la spécialité de la Bretagne, c'est que y'a du touriste!"


Comment oser vous dire après ça que... ils ont ces exposés à préparer depuis le mois de décembre, que cela leur est rappelé toutes les semaines depuis, et tous les jours depuis mars.
Qu'ils ont fait une liste avec moi, de tout ce qu'on pouvait chercher, liste triée par catégorie, et distribuée deux fois
Qu'ils ont fait avec moi une grille de validation qui comprend tous les critères évalués à l'oral, puis sur le compte-rendu écrit de leur exposé, qu'ils savent donc ce qu'ils doivent présenter...
Que lorsqu'ils m'ont prouvé qu'ils avaient fait un effort de recherche (ex : lire le mot dans le dictionnaire, et copier une info ou deux, pas plus), je fournis tous les documents qui leur manquent...
Que nous avons organisé leurs exposés ensemble avant (tri des informations, etc, etc)
Qu'ils disposent, le jour de la présentation, d'un quart d'heure de relecture, avant de se présenter...

Et que je n'ai parlé que des élèves qui avaient fait leur exposé, et l'avaient présenté à l'oral...

c'est bon le week-end!!

18:20 Publié dans Livre des neleves | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : Lost in migration

10 mars 2006

Encore les neleves

... en évaluation d'Histoire...
sur la Révolution Française

passons sur les deux seuls élèves qui se souviennent après deux mois de boulot, que le roi s'appelait Louis XVI (autorisation express de l'écrire en chiffres arabes, si on ne sait plus en romain, comment faire plus simple?), et sur celle qui pensait que c'était Louis XIV, tout en se souvenant que Louis XIV était dans les "1600" et la révolution fin des "1700", passons

passons sur les blancs purs et parfaits sur la majorité des questions

passons sur le fait que pour deux ou trois, ça se passait même pas en France la Révolution Française

passons aussi sur les quatre élèves qui ne se rappelaient plus du tout pourquoi les gens avaient pu se révolter à l'époque

mais là, franchement, là...

à la question: comment s'appelait la prison prise par les parisiens en 1789 ? typiquement le genre de question posée pour rapporter quelques points, à ceux qui n'en ont pas récupéré ailleurs, comment pouvais-je m'attendre à cette réponse:
"comme ils étaient énervés, les parisiens ont pris Fleury Mérogis"...

19:24 Publié dans Livre des neleves | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note | Tags : Lost in migration

03 février 2006

semaine éprouvante

je ne poste pas.

pas depuis l'ouverture de ce blog.

La faute à l'envie qui ne revient pas, depuis la migration...

la faute au travail, trop dur

comme disait un remplaçant après sa journée chez nous : "j'ai travaillé à Beyrouth, à l'époque difficile. J'y ai surveillé les épreuves du bac, avec des balles qui sifflaient... mais c'est pas comparable avec le stress d'une journée ici."

les mômes sont cinglés, on est tous tout prêt de péter les plombs. PAs un d'entre nous ne tient le coup en ce moment...

bref, à part décompresser de 18h à 2h du mat', je n'ai plus aucune prise sur mes soirées non plus.

18:45 Publié dans Livre des neleves | Lien permanent | Commentaires (45) | Envoyer cette note

26 janvier 2006

Et J.

c'est un sale gamin, un fainéant comme je n'en ai jamais vu, un provocateur, un hypocrite, doublé d’un voleur, d’un receleur, et d’un racketteur... je compte à son actif 1h15 de travail cette année, mais...

vendredi, en entrant dans la classe, il m'a dit "bonjour ma princesse!!"

jeudi, il m'avait scruté trois minutes attentivement avant de déclarer que j'avais de beaux yeux!!

et aujourd'hui, il me renifle consciencieusement pendant quelques secondes, avant de dire "c'est toi, cette bonne odeur?? Ouaouhhhhh!"

heureusement que je sais à quel point il est faux cul, ce petit bonhomme, et à quel point ses difficultés sont liés à une déficience, contrairement aux autres élèves...

sinon, je finirais par croire que je suis belle!!! ;-)



podcast

23:50 Publié dans Livre des neleves | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note

Forcément!!!

Ce matin, pas moyen de bosser avec une de mes 4e. Alors on complète des fiches qui les aident à se découvrir, et à creuser leur projet personnel et professionnel...

C. est le vrai chieur fini, la plupart du temps, enfin non, non... non, non, tout le temps!!!, C., donc, a l'air désespéré : "et si on a pas d'idées de boulot, on met quoi??"

"on ne met rien, tu as le droit de ne pas avoir d'idées..."

"ouais, ben j'ai bien une idée mais i' m'disent que non hein"

je vois mon H. commencer à sourire sur la chaise d'à-côté.

"Vas-y, dis-moi..."

"ben footballeur..."

ok, ok, gérons la crise qui pointe...

"tu as tout à fait le droit de vouloir être footballeur, tu peux l'écrire si tu veux!!! Ce qu'il faut, c'est que tu penses à une autre activité qui pourrait te plaire au cas où...

- au cas où quoi? Si j'ai le droit d'être footballeur, j'ai pas besoin d'autre chose, hein!!!"

ruse ultime, j'appelle à l'aide mes potes imaginaires qui seraient footballeurs (encore que j'en connais dans ces situations)...

"eh bien, on va dire que sur tous les footballeurs que tu connais et qui jouent au plus au niveau en France, il y en a environ 50 seulement qui gagnent assez leur vie pour être tranquilles toute leur vie ensuite... et les autres, s'ils n'ont pas préparé un autre métier, ils font quoi???

- eh oh, ça rapporte le foot...."

re-explications, beaucoup de footballeurs, qui vivent de leur passion, ne gagnent qu'entre 1000 et 2000 euros par mois (détail du coût de la vie au tableau, etc, etc, comment vit-on avec 1000 euros, ce qu'on ne peut pas mettre de côté, etc, etc)... et ça ne suffit pas pour vivre toute sa vie après la carrière.

C. n'en démords pas.

Question qui me turlupine : "tu sais jusqu'à quel âge on joue au plus haut niveau?"

C. hausse les épaules: "ben 50, 60..."

je vois H. mort de rire à côté de lui. Et qui commence à lui dire "oh, après 30 ans t'es mort..."...

Et C. de citer un joueur brésilien et un italien, qui jouent encore, après 40 ans... deux joueurs... il ne voit pas la rareté du fait. Tant pis, procédons autrement... pas besoin de casser le rêve pour lui expliquer la nécessité de trouver une solution en attendant d'aller sur la pelouse du Parc des Princes.

"dis -moi C., tu as déjà été repéré?

- ben ouais, je joue bien quoi...

- à quel niveau, et par qui?

- oh, ben les grands chez nous ils jouent en PH, c'est comme ça qu'on commence dans mon village..."

Euh... H. s'esclaffe désormais. C. fait celui qui maîtrise totalement le sujet, mais je ne suis pas si ignare, et trouve désolant de lui dire que si deux joueurs de P.H. l'ont trouvé pas mauvais, cela n'augure pas forcément d'une carrière internationale... gloups.

"et j'ai fait des stages déjà, oh... enfin, un, de trois jours...

- ouais, avec ton club de ton village", dit H. qui le connaît bien.

"Ben ouais, mais c'est comme ça qu'on commence..." fait C.

"Euh.... disons, disons que, ben, tu as 16 ans ... si tu n'as pas été repéré autrement à cet âge, les chances ne sont pas perdues, mais il faut penser à une autre carrière... au cas où...

et H. m'interrompt, gentiment : "c'est pas la peine, Madame, laissez tomber....

- ben quoi???" se vexe C., qui tient à sa carrière de futur international.

H. est mort de rire : "tu joues même pas au foot!!!"

23:45 Publié dans Livre des neleves | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note